2010/Autoproduction
Mes amis, célébrons ensemble le retour de l'un des projets représentant le mieux la raison de vivre de notre webzine, j’ai nommé Elvin Road. A l’écoute de Monsters, deuxième bébé (musical) du maître d’œuvre Antoine Saison, l’éclectisme de l’ensemble saute aux yeux (enfin, surtout aux oreilles), aussi bien dans le choix des morceaux que dans leur structure elle-même. La première piste annonce d’ailleurs directement la couleur, en particulier au niveau du chant, schizophrène à souhait.
Mais de quoi s’agit-il exactement ? La musique d’E.R. ne peut décemment être cloisonnée dans une catégorie, les styles abordés foisonnent, dans une grande cohérence cependant. Disons que, toujours très cinématographique (voir la chronique d’Intersections, le fabuleux premier jet du groupe), les ambiances sont très variées, parfois planantes, parfois pêchues. Du métal le plus incisif au trip-hop le plus éthéré, en passant par le rock efficace, tout y passe. Au fur et à mesure que les plages s’égrènent, on se régale des atmosphères que ce savant fou d'Antoine nous concocte.
Si vous voulez vous faire une idée d’ensemble, prenez ce disque comme la bande-son de votre film idéal. De brillants/bruyants rebondissements viennent interrompre un agréable calme, un calme rassurant, mélodieux mais forcément… Ephémère !
Et si vous souhaitez maintenant un point de vue plus détaillé à propos de chacun des morceaux, et bien… Suivez le guide!
Belle entrée en matière que ce « Kill the Hype », chanson rock-métal très réussie dans laquelle on retrouve le chant versatile, chargé d’émotion, évoqué précédemment. La musique est elle aussi pleine de surprises, avec ses guitares en son clair et ses sons électro. On ne demande qu'une chose, découvrir la suite !
Cette suite, c’est « American Fury » qui nous la délivre. Une chanson qui dépote, très efficace, un peu plus agressive que la précédente mais uniquement instrumentale. Gros son au menu ! Des cassures dans la structure, le clavier et des samples divers nous rappellent l’importance du 7e Art dans cet album, ainsi que celle de l’aspect onirique. Next !
Très atmosphérique, « Sutured » m'a immédiatement fait penser à une tuerie fear factorienne (l'intro de « Timelessness » dans Obsolete) mais la comparaison s'arrête là car ce qui n'était qu'une ouverture pour la bande à Burton C.Bell en ce miroir (vanne déjà utilisée dans une chronique précédemment, mais laquelle? L'internaute qui me la retrouve gagne un jeu de mots sur Dino Cazares) tient ici une place plus importante puisque tout ce pavé de six minutes réside sur cette belle ballade. Six minutes au terme desquelles cette composition s’installe dans les esprits… Difficile de l’en déloger ensuite ! Superbe !
L’auditeur a ensuite le droit à un « Colimaçon » au début Addam's Familiesque. L’atmosphère horrifique est confirmée par un chant féminin que n'aurait pas renié les déjantés franchouillards de Pin-Up Went Down, ainsi que par des cris d’effroi masculins. Morceau relativement court (surtout comparé à « Sutured ») qui fera office de transition…
Avec « Division of Love », on passe à un cocktail atmosphérique, avec un chant clair assuré par un représentant de chaque sexe. « Assuré » est un terme convenant par ailleurs très bien aux voix, le summum étant atteint lorsqu’il nous est donné de les entendre simultanément. Notons également le côté un peu jazzy de l’ensemble, qui fait partie de ces éléments qui contribuent à apporter une touche de fraîcheur et d’originalité à la musique d’Elvin Road.
A ce stade de l'écoute, on se sent d'abord convaincu, puis on se dit qu'on n'a pas tout assimilé et qu'il sera indispensable de revenir sur les lieux de crime pour obtenir une "vision" (oui, pour la musique d'Elvin Road, le terme est parfaitement approprié) complète; enfin, on est désireux de connaître la suite car on sait qu'Antoine Saison n'a pas dit son dernier mot et qu’il en a encore sous le pied pour nous étonner dans la deuxième partie de son œuvre.
Poursuivons donc notre exploration... On revient sur les plates-bandes de « Sutured » avec une plage (plutôt normal pour un titre nommé « Récif ») toute en retenue, des vocaux à la Sigur Rós… Là, l'auditeur est plongé, que dis-je, immergé dans une ambiance de film où on prend plaisir à retrouver un thème, développé différemment au fur et à mesure qu’on le recroise.
Nous nageons d’abord en parfaite continuité avec « The Marauder » et son ambiance éthérée à souhait. avant de sortir finalement de notre agréable torpeur avec des guitares plus acérées pour conclure, mais toujours au service de l'ambiance. Où on reparle de Sigur Rós.
« Prom Queen » marque quant à elle le retour d’un format plus classique, plus en phase avec les attentes des inconditionnels du triptyque couplets-refrains-rock métallisé. Attendez-vous quand même à des parties sortant des sentiers battus (sons électroniques, samples…) Le tout est servi par un chant clair masculin toujours impeccable. Saluons à ce sujet la qualité des musiciens choisis par Antoine Saison pour nous proposer un tel skeud, de même que la performance des personnes l’ayant aidé à enregistrer Monsters. Qu’on se le dise, tout chez Elvin Road sent le professionalisme à plein nez. Tant que cela ne lui retire pas cette spontanéité et cette imagination, on ne peut que s’en réjouir.
« Monsters » et « Moonwaltz » viennent conclure notre rêve et nous rappeler à la dure réalité, en nous berçant paradoxalement d’effluves oniriques. Le générique de fin est lancé. On s’imagine une salle de cinéma revenant à la lumière, avec ces spectateurs se regardant d’un air hagard, levant les yeux au ciel pour signifier le plaisir pris. Certains préfèrent rester assis pour être sûrs de rien manquer, d’attraper au vol une dernière subtilité.
Ces spectateurs n’ont pas notre chance. A l’heure où ils regagnent péniblement leur logis, en se remémorant les moments qui les ont marqués dans de grands éclats de voix, nous nous contentons d’appuyer sur « Play » à nouveau, et de réembarquer pour un autre voyage, sans plus attendre.
www.myspace.com/elvinroad