2012/AFM Records
Ca faisait un bail que je n'avais pas eu l'occasion de prêter attention à une sortie d'Ill Nino, n'ayant probablement qu'écouté d'une oreille distraite les différents extraits tirés de tous leurs albums depuis leurs débuts et Revolution Revolucion, au titre qui rappelle la volonté du groupe de jouer sur les deux tableaux, espagnol et anglais (comme dans le nom de la formation), sonorités latines et métal. C'est maintenant la 6e galette que nous présentent les métalleux du New Jersey, au sein de laquelle on retrouve bien le « Latin-influenced, aggressive modern metal » promis par la bio. Toujours en paraphrasant cette dernière, je ne sais pas si Ill Nino a « redéfini le latin métal », mais force est de constater que le bouzin est envoyé dans les règles et même avec un supplément moutarde qui au final fait peut-être la différence. Parce qu'il faut l'avouer, on ne partait pas conquis d'avance. L'étiquette « Roadrunner », même déchirée, laisse des traces (comme toutes ces saloperies d'étiquettes qui ne se retirent pas comme il faut) et on était en droit de s'attendre à du métal quelque peu convenu, polissé, formaté, bref à un album dispensable qui n'allait pas peser bien lourd face à une concurrence toujours plus nombreuse, plus compétente et plus originale. Il fallait bien l'intro énergique de "The Depression", le morceau inaugural, pour nous pousser à nous poser : hurlements convaincus et convaincants, riffs plombés, batterie hispanisante, ok, le VRP Ill Nino a coincé son pied dans la porte tout en avançant ses arguments et nous décidons de lui laisser le bénéfice du doute, de lui donner sa chance. Très vite, quelques doutes viennent parasiter notre joie d'avoir l'impression de faire une bonne affaire (le chant clair qui prend un peu trop de place) mais pas le temps de rire jaune : place à "Epidemia", fléchette empoisonnée réduisant nos velléités de résistance à néant, au moins pendant les trois minutes que dure l'assaut. Pas loin de mettre tout le monde d'accord, ce morceau enfonce le clou d'un métal saignant, porté par des vocaux massifs hurlés ou grondés. Bonne nouvelle, "Epidemia" ne s'avère pas être un « one-off » et ses petits copains qui complètent la marche font ressortir la même impression d'urgence, la même envie de headbanguer, le même sentiment d'avoir dans les oreilles quelque chose de réussi et de frais. Parfaite alternative offerte aux amateurs d'émotions fortes qui ne se retrouvent pas dans les saccades et les effusions de notes du deathcore, les Américains proposent onze chansons qu'il est à la fois possible de fredonner sous le pommeau de douche de votre baignoire et d'imiter à la guitare invisible en sautant partout et en vous cognant sur le lustre de Mamie (le titre « Death Wants More » finira de remettre les sceptiques dans le droit chemin, avec son riff ultra-percutant et son rythme shakirien). L'ombre de Max Cavalera et Phil Anselmo plane même sur "Escape" (peut-être le meilleur morceau de Sepultura qu'on ait eu l'occasion d'entendre depuis Roots...) (Just kidding).
Au final, pour peu que vous ne soyez pas exaspérés et que votre peau ne se recouvre pas de verrues purulentes après plus de trois secondes de chant clair (qui plus est du chant clair estampillé « métal moderne du début des années 2000 », à haut potentiel urticant, contactez votre pharmacie (ou votre disquaire) pour toute informations complémentaires), ce sixième opus d'Ill Nino se révèle une excellente surprise, globalement très accrocheuse, qui recèle quelques pépites qui ne dépareilleraient pas sur les traditionnels best-of de fin d'année.
