AUTOPRODUCTION/2018
En Autriche, sur l'axe du Rhin aux frontières de la Suisse et du Liechtenstein, jonché aux pieds de superbes montagnes boisées se trouve la paisible ville de Feldkirch, connu notamment pour ses nombreux édifices culturelles issu du Moyen-Âge tel le château de Schattenburg, la cathédrale Saint-Nicolas ou sa Tour aux chats. C'est dans ce décor d'une autre époque que naquit en 2012 le sombre projet musical "Coma.", issu des pensées les plus noires et tourmentées de Vøid, le cerveau et l'être à l'origine du groupe. Répandant maladies et afflictions à travers une messe noire de sonorité alliant des éléments de Depressive Suicidal Black Metal (DSBM), Post-Black, Dark Ambiant, Industrial ou encore Post-Rock, "Coma." nous ouvre son tout dernier chapitre dans son univers où toute lumière s'efface pour laisser place à l'obscurité.
"The ashes of my dreams are spread inside my heart"
Sorti le 21 Janvier 2018 sur leur Bandcamp, "Agony|Hophek" est leur dernier méfait à ce jour, album de 9 morceaux pour une durée totale d'une quarantaine de minute en aller simple pour les ténèbres. Pour cet album, on y retrouve Vøid à l'écriture, à la programmation, au synthétiseur et au chant principal; Déhà pour les cordes (guitare + basse), à la batterie, au chant additionnel mais aussi au mixage/mastering et Moloch aux percussions et à la batterie. L'album, autoproduit, a été enregistrée en deux jours aux Forbidden Frequencies Studios de Bruxelles.
"My mind is long gone into the depths of night"
" Agony|Hophek" est introduit par le titre ambiant "IXIIXI" qui installe dès les premiers sons l'ambiance générale de l'album mais aussi celle du groupe: Au travers d'un bruit semblable à celui d'un courant d'air dans de vieux tuyaux en sous-sol se rajoutent des chuchotements malsains, des cris, des bruitages, des percussions palpitantes et quelques notes de piano, le tout donnant une impression d'écouter un véritable rituel de sorcelerie. C'est froid, glauque, malsain, et ça nous montre que "Coma." n'est définitivement pas là pour nous faire sourire.
La suite de l'album est ensuite lancée avec "Path", un morceau qui nous plonge dans le côté Metal de "Coma.". Démarrant par des blast beats, une basse rythmée sur les riffs d'une guitare enervée et rejoint pas la suite par le chant écorché de Vøid appuyé par quelque passage gutturaux en soutiens, le groupe propose une sonorité Post-Black que l'on pourrait rapprocher à Deefheaven sur l'articulation entre les instruments et le chant. Quelques passages de chant clair s'ajoutent à la suite et le morceau se termine avec une sorte de dernier réflexe majestueusement chaotique pour conclure ce second verset.
Le groupe continue donc sa progression dans le Metal extrême avec "Forsaken", titre que l'on pourrait séparer en deux parties, la première avec un rythme plus lent et moins frénétique que le précédent titre, plus Black Metal traditionnel que le titre précédent mais avec les chants (et donc le texte et donc les émotions) plus mis en avant, avec un refrain diantrement efficace et entêtant; Et une seconde partie plus lente que la première sur quelques moments, appuyé par de déchirant cris. C'est l'un des morceaux les plus forts de l'album, tant par la maitrise de la composition que par l'intensité des lyrics.
Le titre suivant parle pour lui même puisqu'il s'agit d"Interlude", nouvelle donation de "Coma." dans la musique ambiant mais cette fois-ci avec quelques lignes narrés dans le ton très sombre du groupe avec une voix d'outre-tombe. Ce morceau préfigure aussi un changement dans les sonorités d' "Agony|Hophek".
"I can live with emptiness but not with you."
En effet, le 5ème morceau "Sleepwalker V" est totalement différent de "Path" et "Forsaken": La musique démarre par une mélodie au piano, lente et mélancolique, accompagnée par la batterie et la guitare et quelque effets sonores et suivit par un chant clair qui persiste pour l'intégralité du morceau. Le morceau sera un peu plus rythmé et intense en progressant la lecture, la batterie plus rapide, la guitare plus présente et quelques passages de chant sont criées pour accompagner le chant clair. Nous sommes là plus proche de sonorité Post-Rock que de sonorité extrême. C'est personnellement, l'un de mes morceaux préférés de l'album, en immense partie dû au chant clair qui m'a rappelé les meilleurs performances de Mike Patton.
La tendance est prolongée avec le titre "Abedah", dont le morceau reprend en grande partie le chant clair, mais cette fois accompagné par des passages gutturaux. Ce morceau reprend tout ce qui faisait la beauté du son précédent, mais ajoute à la fin du titre un passage plus intense et torturé émotionnellement, et s'illustre avec le retour des cris écorchés, des gutturaux plus longs, une batterie plus rythmée et une guitare qui installe ce rythme. "Coma." s'illustre par ce biais comme un groupe qui est plus qu'un groupe aux tendance Black Metal et ces deux morceaux que sont "Sleepwalker V" et "Abedah" prouvent la réelle polyvalence de ce groupe et que leurs univers, bien qu'extrêmement sombre, est quelque chose de complexe et plus difficile à expliquer que la manière dont je l'explique en ce moment même.
"The End of Reason" est un morceau ambiant qui fait une nouvelle office de transition et marque le retour des tendances Metal extrême dans l'album. Cette fois la musique est un peu plus minimaliste que les deux précédents dans le même style, mais celle-ci sonne plus comme une véritable prise que l'on pourrait retrouver dans un superbe film d'épouvante avec des voix modifiés donnant un aspect inhumain comparé aux précédents chuchottements.
"I am mere the voice of the void"
"Ghosting" est un titre plus vindicatif et sadique que les précédents, moins porté sur l'affecte personnel. On y retrouve les sonorités de Metal extrême, plutôt Black Metal, les lyrics étant le plus souvent "Release me, for I can destroy" dans cette chanson, le choix des sonorités Black s'y prêtent bien. Nous y retrouvons les gutturaux et la voix écorchée mais aussi le chant clair pour quelque petit passage, les blast beats de la batterie rythment merveilleusement bien la composition et la guitare dirige fortement le son.
Pour conclure "Agony|Hophek", "Coma." choisit le titre "Loslassen", un morceau unique et "minimaliste" comparé à ce dont le groupe nous a fait subir jusque là: Aurevoir la basse, batterie et guitare, c'est uniquement le piano à 4 mains et le travail des vocalistes pour conclure. Le piano donne un ton déprimant et l'immense talent de Vøid et Déhà qui progressent vocalement au fur et à mesure du morceau, passant d'une narration claire et simple à des hurlements d'agonie et de tristesse, de déchirement, donne lieu à un titre d'une rare intensité. Cet excipit est aussi un des moments forts de cet album, pour la puissance émotive et le talent du vocaliste sur ce morceau.
Vous l'aurez compris, " Agony|Hophek" est une réussite, autant sur le plan de l'originalité que sur le plan artistique: "Coma." nous livre ici ce qui est pour le moment leur opus magnum, un album unique aux sonorités divers et variées qui trasmettent des émotions (certes pas joyeuses) et dévoilent le talent et le génie derrière ce projet. On peut reprocher cependant quelque petites erreurs par-ci et là (la perfection n'est pas de ce monde) sur le plan technique en matière de post-production, notamment sur le mixage qui est quelque fois hasardeux (les premiers passages clairs de "Forsaken" sont difficilement audibles par exemple mais cela est corrigé à la suite de l'album) mais tout cela est bénin, surtout quand il s'agit d'une autoproduction.
L'album est disponible sur le Bandcamp du groupe et est disponible gratuitement (mais vous pouvez aussi donner quelque pièces, ça en vaut la chandelle) et il est très clairement une excellente découverte à faire pour ceux qui veulent écouter quelque chose d'atypique et vrai !
Skarjay Nygma