2013/Hummus Records
Hé, ho, c'est bon, pas la peine de pousser là derrière, j'y vais, je vais la faire cette chronique ! Comment ça j'ai peur ? Mais pas du tout ! Et d'ailleurs j'aimerais bien vous y voir, vous, avec des brutasses pareilles... Il n'y a que six morceaux ? Ils distillent des passages atmo dans leur flot de violence ? Ouais, c'est ce que vous m'avez dit la dernière fois, et il m'a fallu deux mois pour m'en remettre... Et encore, il y en avait moins qu'ici... Bon, allez, je m'y colle, mais vous ne m'y reprendrez plus !
Non, ce n'est pas tant qu'ils me font peur, ces tueurs en série germaniques, mais mes oreilles frissonnent encore depuis le split Coilguns/Never Void (NVRVD pour les intimes) où les seconds nommés, les gentils bisounours que l'on doit « reviewer » ici, rivalisèrent d'efficacité et d'inventivité avec les premiers pour choper l'auditeur aux tympans et lui faire saigner la gorge (à moins que ce ne soit l'inverse). Oh mon god ! Je viens de jeter un œil sur les photos du groupe... Mea culpa, je reviens sur ce que j'ai dit, force est de reconnaître que je sens une légère appréhension poindre à l'oraison, pardon, à l'horizon. Pour le split, j'y étais allé en aveugle, à l'abordage, sans filet, au culot, carpe diem, alea jacta est, veni vidi vici, etcaetera et autres locutions latines plus ou moins opportunes (ah si, une petite dernière : morituri te salutant). C'est vraiment un service que je vous rends (non, pas votre service en porcelaine de CSP Limoges, celui-là je le garde encore un peu, j'ai du monde pour le thé dimanche), vous les sensibles, les peureux, les précautionneux, les prudents, les enc... Pardon, je m'égare. Je le fais pour vous, je me jette dans la gueule du lion ou plus précisément du métal-hardcoreux schizophrène avide de riffs annihilateurs/surpuissants/malsains/dissonants (cochez la case qui convient ; je vous aide : malheureusement, j'ai bien peur que toutes définissent à un moment ou à un autre les sensations ressenties par l'innocente vict..., par l'auditeur). Vous avez déjà ressenti cette grande déception, cette immense frustration même, quand vous saviez dès le départ que vous ne deviez pas vous rendre à un endroit, que vous ne deviez pas faire quelque chose, que vous ne deviez pas prononcer certaines paroles, mais que (allez savoir pourquoi) vous ne vous êtes pas suffisamment écouté et avez quand même franchi le pas, et qu'au bout de quelques instants seulement, la raison de votre réticence à franchir ce pas vous saute à la gueule. Vous l'avez déjà expérimenté, ce moment de solitude ? Et bien je peux vous certifier que lorsque s'étirent les premières minutes de Coma, lancinantes mais menaçantes, on sent que le vent va très vite tourner et que l'appât, c'est-à-dire cette intro « accueillante » (qui évoque l'intro du Witnessing the Fall de Svart Crown et même celle du Venomous de nos gloires locales Deviant Surgeons), s'apprête à s'effacer au profit de ce pourquoi il nous a attiré : la guerre, le chaos, la chute...
Et en effet, une fois ces trois/quatre cacahuètes avalées, c'est l'apéro du colonel qui vous est servi. Dès la deuxième moitié d' « Oberohe », c'est patchwork d'ingrédients extrêmes à volonté dans nos gencives, accélérations grind, « annonce » hardcore (comprenez « annonce... d'une autre accélération ou d'une grosse tartine de quelque chose en tous cas »), batterie de poulpe en camisole (oui, je sais, c'est paradoxal, mais je garde l'image), vocaux des profondeurs (gutturaux ou hurlés), guitares jouant avec nos nerfs par une variété de tempos ayant un point commun, l'aspect malsain et inquiétant. Ce déchaînement de violence et d'agressivité se confirmera avec « Impartial Eyes », au sein duquel on est bien content de retrouver des parties noisy et alambiquées qui maintiennent la variété et la versatilité évoquées précédemment, et « No Heaven », un morceau beaucoup plus direct et unilatéral à qui ses deux minutes bien tassées ont voué un rôle de voiture-bélier, destiné à défoncer les dernières résistances cérébrales qu'il vous restait. Des ambiances rock indé viennent éclaircir l'ouverture de « We are », qui s'avère ensuite une succession de structures hautement plombées parfaitement complémentaires et guidées par les amygdales triturées de Stefan Braunschmidt (à qui cela ne suffit manifestement pas encore puisqu'il démembre également une pauvre basse). Quant à « an Echo to your Unbeliefs » et « Niederohe », le premier rappelle l'intro du « Oberohe » lui-même inaugural, et le second rappelle l'intégralité de ce dernier, avec ce même schéma calme-montée-explosion... Ces trois titres représentent un peu l'ossature, la colonne vertébrale de Coma, vu leur positionnement (1-3-6) et leur profil, plus « réservé » que celui des chansons que nous qualifierons d' « intermédiaires » (2-4-5), chansons de toute évidence prévues pour laisser libre cours à l'agressivité de NVRVD, de même qu'à sa créativité.
Cette mise en place s'avère très intéressante, encore plus quand on sait qu'elle bénéficie aussi de la spécificité des six pistes, toujours pertinentes, qu'elles présentent une atmosphère juste menaçante ou proprement chaotique, et remplies de moments forts, de riffs aux mélodies diaboliques et de rythmiques bulldozer. « Thumbs up » donc, une nouvelle fois, à cette armada schizophrène qui parvient à déployer une puissance et une agressivité de haut vol tout en ménageant des passages « aérés » (comprenez « moins étouffants » en tous cas), aussi surprenants que bienvenus. Le monde de NVRVD est un monde à part, loin des récurrentes considérations commerciales (et pourtant, la qualité de l'objet, superbe digipack, pourrait faire rougir plus d'une grosse machine à vendre) et autres stratégies pour plaire au plus grand nombre, mais c'est un univers ô combien plus intéressant que celui des sorties formatées qu'on nous sert régulièrement à la louche. On commençait à être habitué avec les prods Pelagic Records, désormais la tradition se perpétue avec le rejeton Hummus Records. (Mais qu'est-ce qu'ils bouffent, bordel, tous ces gens-là... ??)
Bref, en quelques mots comme en cent : si vous voulez sortir de votre torpeur, jetez-vous sur Coma !!