Autoproduction/2006
En impénitent hyper-actif, adepte du touche-à-toutisme, de la désorganisation mais aussi, parfois, à mon grand malheur, de la paresse, ce n'est qu'aujourd'hui que je vous propose la chronique de la 1e démo des brillants parisiens de Sphere, démo que j'ai reçue il y a de ça déjà... Euh, en fait, j'ai renoncé à compter! Le passé, si peu glorieux qu'il soit, important peu, venons-en au contenu de ce 5 titres d'à peu près 35 minutes. Si vous êtes interpellés par la longueur apparente de ce 1er effort (éponyme) par rapport au nombre de titres, sachez que Sphere est un groupe qui aime prendre son temps pour développer ses idées au sein d'un même morceau et qui ne lésine pas dans l'exploration de multiples voies, sans que cela nuise pour autant au dit morceau. C'est donc d'éclectisme forcené qu'il est une fois de plus question ici; ceci dit, plutôt que de multiplier les clins d'oeil furtifs à quantité de styles, les géniteurs de Sphere (et ceux qui les ont rejoints dans l'aventure) cherchent à se faire plaisir en laissant largement les différentes ambiances se succéder et évoluer pleinement au sein d'une même chanson. Dans ce domaine, ils démontrent un réel savoir-faire dans chacun des styles abordés. "The Man who sells dreams", le 1er titre, résume d'ailleurs tout-à-fait l'esprit de même que les compétences du groupe. Véritable pièce de presque 11 mns, cette grandiloquente intro nous permet, avant toute chose, de faire la connaissance d'une impressionnante vocaliste, Delphine pour ne pas la nommer. Celle-ci apporte de superbes couleurs à la musique de nos petits parigots, avec un chant clair de haute volée. Fort heureusement, le reste est à la hauteur de la demoiselle, les premiers riffs de cette 1e plage, qui s'inscrivent dans un registre plutôt métal progressif, s'avèrent judicieux et entraînants, tandis que le vocaliste masculin apporte son tribut de manière tout aussi convaincante. Pour ce qui est de la structure, le morceau inaugural laisse s'étirer l'atmosphère au son du chant angélique de Delphine et au rythme des envolées guitaristiques, ce pendant un bon moment; apparemment, la jeune demoiselle aurait quitté le navire Sphere depuis la sortie de cette démo, alors profitons de cet espace d'expression pour exprimer nos vifs regrets et notre souhait d'apprendre que cette séparation n'est que temporaire. Toujours est-il qu'au bout de 7 mns, alors qu'on pensait s'acheminer tranquillement vers la fin de "The Man..." et le début de "Devine", que, tout droit sorti du 1er album de Static-X (ou d'un album de Prong, de White Zombie...), un plan béton vient nous arracher de l'enivrante torpeur dans laquelle nous nous étions docilement laissés installer. Cerise sur le gâteau, la conclusion de ce surprenant assemblage s'avère être un arpège du meilleur effet, accompagné de deux voix admirablement complémentaires, qui laisseront finalement une petite place éphémère au premier cri du skeud. A ce moment de l'écoute, l'impression est très bonne et on se demande à quelle sauce on va être mangé... La suite nous confirme les bonnes choses que l'on avait entrevues: musicalement, les plans sont très variés, soutenus par une section rythmique très pro, et les enchaînements sont jouissifs: power metal, chanson française, avec cette voix féminine versatile, au côté décalé, clavier dont l'intervention donne une tournure bien barrée au tout, paroles déclamées "doomesques" qui auraient pu ouvrir un bon vieux Saturnus, percus et vocalises orientales, augurant de véritables plans évoquant les musiques de l'est -mention spéciale à la miss et à la guitare solo... Ah tiens, à la basse aussi... Et aussi... Bon bah à tous, en fait!- Bien que j'ai tardé à passer cette petite perle en revue, je l'ai écoutée un nombre considérable de fois et, à peine les premières nappes de clavier du 5e et dernier morceau audibles, les frissons me reviennent, mes sens se rappelant automatiquement la divine voix qui remonte ensuite à la surface. Le cd s'achève sur un nouveau mix de double chant en français, de cavalcades estampillées "métal moderne" et de lignes mélodiques inspirées. Comme souvent avec ce genre de groupes, Sphere laissera de marbre les détracteurs d'originalité exacerbée mais ravira les amateurs d'expérimentation en tous genres et d'ouverture d'esprit musicale. Pour plaire aux membres de la première catégorie, je concluerai juste par ceci: vivement la suite!