Interlude Music / 2006
On ne peut pas dire qu'on a pas été prévenu... L'an dernier, au Poulpaphone organisé à Wimereux, les déjantés de Costa Gravos avaient d'entrée de jeu cloué le bec à une assistance encore éparse en ouverture du festival. Nos lillois avaient fait étalage de leur éclectisme (le mot est faible) et de leur maîtrise, impressionnante au vu du répertoire ultra-varié qu'ils devaient exécuter. Et maintenant on se prend le skeud en pleine tête... Croiriez-vous qu'ils se sont arrangés? Pffffff... Bon, c'est vrai que les influences ne sont pas là pour arranger les choses: Naked City, un groupe qui peut vous placer les expressions "bossa nova" et "death metal" dans la même phrase sans cligner de l'oeil, et Mister Bungle, le projet hyper barré de Mike Patton (ah bon, parce qu'il fait des trucs "classiques" parfois?!?) Ca promettait... Et ça n'a pas manqué!! Pour résumer, si vous comptiez investir un jour dans l'achat d'un juke-box, gardez votre argent et contentez-vous de vous procurer ce bijou. Même quand on est prévenu, ça dépasse l'imagination. Outre le nombre incroyable de styles représentés (qu'est-ce qu'ils disent sur leur site... "Salsa, musique brésilienne, thrash, hard-bop, techno, jazz, drum'n'bass, ragga, reggae, grindcore, musette, disco, dub, valse, neo-metal", auxquels il faut ajouter les innombrables clins d'oeil et délires en tous genres), c'est la mise en place impeccable et l'intérêt très élevé du tout qui forcent le respect. Rarement un groupe a pu par le passé allier si bien richesse des influences et efficacité musicale. Les chansons, car elles méritent réellement cette appellation, s'enchaînent les unes après les autres de façon très fluide, sans que l'on trouve le tout indigeste. Pire, on en redemande... Vous en connaissez beaucoup, vous, des groupes qui, après vous avoir asséné quelques salves métalliques bien appuyées et agressives, vous claquent de but en blanc un pur morceau reggae, lui-même jalonné de parties électro, disco, grindcore, lyriques, pour repartir de plus belle, comme si de rien n'était, sur un reggae suave et entraînant, avant de se décliner finalement sur plusieurs minutes et quelques notes lancinantes. Bob Marley+Aphex Twin+Cult of Luna+Napalm Death+............... (inscrivez le groupe de votre choix, il est sûrement dedans) = "Under the Sun", hallucination progressive de 9'38" en guise de firmament pour un album mémorable. Et le chanteur dans tout ça? Il va bien. Enfin, on aimerait pouvoir dire ça, mais... Est-ce que quelqu'un sera assez courageux pour aller vérifier? Toujours est-il que, malgré une schizophrénie avancée qui ne doit pas être facile à vivre au jour le jour ("Chérie, mon amour, passe-moi le SEEEEEEEEEEEEEL S'ILTEPLAAAAAAAIIIIII AAAAARGGHHHH merci tu es le soleil de mon existence..."), il assure son rôle avec un brio conférant à sa formation une crédibilité et un côté hors-norme de premier choix. Enchaîner gueulantes hardcore, chant lyrique et mélodies reggae (entre autres) avec une telle facilité est déconcertant. Mais jouissif pour l'auditeur. On se croirait parfois "bazardé" au beau milieu d'un jeu vidéo tout zarbi dans lequel on alternerait bataille de polochons, karaoké avec un collier à fleurs et corps-à-corps enflammés avec des dragons déchaînés. Merde, j'ai l'impression que j'ai été contaminé moi aussi. Garçon, une camisole s'il vous PLAAAAAAAAAAIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIT!!!!!!!!!!