
2006/Autoproduction
Bienvenue chez Abitbollus. Vous pénétrez dans cette (ces) enceinte(s) à vos risques et périls. Voici l’annonce qui aurait pu ouvrir Clock Me Jesus, ce 1er album (succédant à la démo De Mysteriis de Don Camillo - 2003), tant il faut être assuré d’être solide mentalement parlant pour espérer ne pas sombrer dans la folie à l’écoute du black/death génétiquement modifié des amiénois (opération Blague Métal qu’ils appellent ça…) Si, musicalement, on est tenté d’accoler une étiquette à cette troupe de foufous, on doit bien vite se rendre à la raison (humm…) sous peine d’être bien trop réducteur. Tandis que les premières minutes s’égrènent, l’auditeur se retrouve déjà sous le joug des changements de tempos (ah c’est italien… Bon, « tempi »), des variations vocales (black, grind, chant clair…) et des intrusions de parties instrumentales (de clavier, en l’occurrence) franchement décalées pour un tel monde de brutes. Le chant, quand il n’est pas extrême, distille des textes subtils et déjantés valant le détour(nement) et qui ont la particularité d’être parfaitement compréhensibles car exprimés dans la langue de Molière et Gustave Parking. Avouez qu’on n’a pas souvent l’occasion d’entendre un album dit « extrême » commencer par une phrase du type « Les choux du jardiiiiiiiiiiiin », raclée par une gorge canal-sataniste. C’est tout un univers à part qui nous ouvre ses portes avec Abitbollus, même si, musicalement, les fans de métal (métal méchant inclus) ne seront pas dépaysés et pourront largement trouver leur compte pour peu qu’ils ne soient pas déboussolés et dérangés par le côté décalé (attention euphémisme!) de ces représentants de Damien et d’Amiens. Excellente surprise, la section instrumentale assure et les plans sont aussi variés qu’efficaces. Abitbollus évite ainsi les écueils d’un monolithisme lassant (malheureusement fréquent dans le genre), aidé en cela par l’ajout de divers samples cinématographiques incongrus (on pouvait s’y attendre, ces ostrogoths-là ne regardent pas que la radio…), issus de la Classe américaine (forcément), Wayne’s World, Cité de la Peur (j’en passe et des plus cultes), parfois intégrés au sein même d’un morceau. Cornemuse, claviers cartoonifiants, berceuses, flûte soupochouesque, pastiches d’Eros Nécropsique, de Maiden ou Mercyful Fate, les clins d’œil sont innombrables, on s’amuse décidément beaucoup, mais cela sert vraiment la musique en l’aérant. On pense bien sûr aux autres illustres régionaux de l’étape, Carnival in Coal, ou à un Costa Gravos (pas très éloigné non plus géographiquement… Visiblement, There’s something wrong in the air of the North, that makes us crazy). Elément important mais non rédhibitoire quoi qu’il arrive, l’assise technique est très bonne (mention spéciale à “M666 Television Bizarre” et ses envolées guitaristiques). Les structures des morceaux sont construites de manière à surprendre et on se retrouve, au final, avec un nombre impressionnant de voies empruntées. Saupoudrez le tout d’un son à la fois bon et underground, vous obtiendrez, à l’arrivée, un skeud-ovni indispensable à tout membre du club « Métal, Folie et bonne Humeur » (association loi 1901 à but non lucratif) qui se respecte. Et pour ceux qui ne supportent pas les infidélités au sacro-saint Dieu Troumétol, ils n’ont pas fini de déplorer la marche en avant de ces groupes franchouillards résistant encore et toujours à l’envahisseur Yves Morozité… Et d’être victimes de persistence crétinienne!
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