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12 mars 2007 1 12 /03 /mars /2007 16:08

                                              

                                   Az / 2006

 

Autant le dire tout net, le 1er album de Grand Corps Malade est une de mes grandes révélations de ces dernières années. Ayant toujours eu de récurrentes velléités d’écriture, c’est, par la plus grande des coïncidences, quelques semaines après avoir lancé mon blog de textes ( http://grankadmaleur.over-blog.com , hop, ça c’est fait) que j’ai découvert les textes, la musique et l’univers de Grand Corps Malade, un monde fait de sensibilité, de pertinence, de talent, de passion, d’inventivité, de confiance en soi mais aussi de persévérance et d’humilité. Figure de proue du mouvement slam en France, en compagnie d’autres artistes/amis, membres pour la plupart du collectif 129H, Fabien, de son vrai nom, transporte sur ce Midi 20 cet exercice de style avec sa verve et sa voix, avec aussi quelques transgressions des règles originelles des concours de slam: addition d’un accompagnement musical -majoritairement composé par son ami S Petit Nico- et dépassement, par moments, de la limite de trois minutes par texte. Vers la fin de l’album, vous avez d’ailleurs l’occasion d’entendre le très populaire "Ma Tête, mon Cœur et mes Couilles" présenté en version live et en format slam, c’est-à-dire a capella; cela vous donne la possibilité de vous rendre compte que le résultat est aussi probant que pour les textes/chansons qui précèdent. D’un autre côté, cela force encore plus le respect puisqu’ici l’artiste est seulement jugé sur sa voix, sa diction et, bien entendu, ses textes. Pour revenir à cet album dans sa globalité, il est nécessaire de préciser qu’en plus de la force de ses écrits, que nous évoquerons plus tard, Grand Corps Malade possède un atout considérable: sa voix, chaude, grave, puissante, charismatique, évocatrice… Très agréable donc, et déterminante dans l’arsenal artistique du natif de Saint-Denis. Tour à tour vindicatifs, apaisés, mélancoliques, détachés, son ton et son timbre font vivre ses poèmes et confèrent à sa voix un rôle d’instrument à part entière. Des instruments, on en compte d’autres sur ce Midi 20: du piano (surtout), du violon, du clavier, de la guitare, des percussions (…) Très réussie, la musique supportant les textes déclamés s’avère être, indubitablement, un ingrédient prépondérant du succès massif de cet album (500 000 exemplaires vendus à ce jour). Globalement mélancolique, notamment lors de l’utilisation du piano, le spectre musical de Midi 20 s’oriente parfois vers des sonorités plus jazzy. Ne restait plus à Fabien (et ses quelques invités ponctuels: Rouda, John Pucc’ Chocolat, Sancho…) qu’à boucler la boucle avec, en somme, l’essentiel: les textes. Des textes qui, disons-le clairement, justifient amplement la gloire actuelle de ce brillant représentant de la famille slam. Il est, en effet, parfaitement compréhensible, à la vue des écrits proposés, que le nom de Grand Corps Malade ait fait irruption sur la scène médiatique française tel un véritable pavé dans la mare. Alliant avec subtilité qualité technique d’écriture -métaphores, jeux de mots, ironie, rimes, etc-  et intérêt des histoires contées, les récits de Fabien et son fluide phrasé nous emmène dans un inoubliable voyage au départ de Saint-Denis et à destination des cieux, en passant par une mosaïque de lieux concrets ou oniriques. A travers des thèmes fédérateurs et universels comme l’ambition, l’amour, la tolérance, la volonté, la vie qui s’écoule sous nos yeux et qui réclame que l’on se bouge pour la faire vibrer un peu, qui partagent l’affiche avec des sujets plus personnels -les handicapés, Saint-Denis, le slam...-, le tout récent vainqueur de deux Victoires de la Musique –trophée qui, d’accoutumée, n’est pas toujours gage de qualité mais qui, pour le coup, porte magnifiquement son nom– a réussi à développer un réseau de salves poétiques parfois drôles, parfois tristes, parfois graves, parfois plus légères, mais, en tous cas, toujours intelligentes et judicieuses. Ce réseau, une fois construit, revêt à la fois l’allure d’un monde homogène et d’un assemblage multicolore au sein duquel chacun d’entre nous peut se reconnaître, s’identifier, trouver sa place. La générosité  et l’altruisme déployés au fil des morceaux sont tellement tangibles qu’on ne peut que se sentir à l’aise pendant cet inoubliable trajet, qui n’a finalement qu’un seul défaut: si on admet sans problème qu’il fallait à ce Midi 20 un commencement, était-ce absolument nécessaire qu’au bout de ce qui ne nous paraît qu’une poignée de minutes, cette belle aventure ait un terme?

 

 

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