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21 mars 2021 7 21 /03 /mars /2021 14:28
Mornifle - S/T

Voici un patronyme bien sympa et bien accrocheur. Avec Mornifle, les amoureux des mots et des baffes musicales s'attendent à du percutant et tendent l'oreille pour se faire un tant soit peu flageller (avec bienveillance quand même, on est en 2021). Bien leur en prend. Originaires d'Annecy, les trois membres du groupe se sont entendus comme larrons en foire et, si je peux me permettre, comme les cinq doigts de la main (pardonnez-moi pour ces approximations mathématiques) pour nous pondre un premier EP très plaisant et même très convaincant. Ces cinq doigts ont justement servi de base pour nommer chaque titre, le sixième s'intitulant « Paume », ce qui paraît tout à fait pertinent. En aucun cas « Pouce », le morceau inaugural, ne nous encourage à faire une pause et encore moins à stopper notre écoute : dévoilant déjà une bonne partie des atouts des Annéciens, il nous fait étalage de leurs capacités à rentrer dans le lard de manière frontale à travers des riffs saccadés et des dissonances, qui s'allient pour donner naissance à une piste d'une grande efficacité. Instrumentale, très bien produite, la musique de Mornifle s'appuie sur un impact conséquent, un mélange de chapelles vivifiant (noise, hardcore, metal), dont découle une alternance de rythmes (perceptible dès l'entrée en matière), et l'implication de zikos au taquet. Cette absence de vocaliste permet au trio de se concentrer sur l'agencement de ses structures et de viser avant tout un passage en force dans l'esprit de l'auditeur/auditrice par la « simple » qualité des atmosphères développées et des coups portés. Il en profite ainsi pour peaufiner ce metal entêtant (on pense parfois au Memories Of A Dead Man des premiers jets, chroniqués à l'époque sur Yargla, pour les riffs-marteaux ou à Tang pour le côté obsédant, mais ne comptez pas sur ce léger namedropping pour résumer la portée de ce qui se trame ici), et s'assurer que chaque composante du EP fasse son petit effet, et ce sans être un copier-coller de ce qui précède ou s'annonce ensuite. Les six pièces possèdent donc leurs spécificités et se logeront dans votre cerveau distinctement : consistantes sans être épiques, elles vous permettent d'entrer dans un état second et réussissent à vous tenir en haleine, sans jamais pousser le bouchon et lasser par d'éventuelles longueurs, montrant là un signe fort de maturité. Il faut dire que les protagonistes n'en sont pas à leurs balbutiements et ont déjà affuté leurs armes dans diverses formations par le passé. Sans jeu de mots car ce n'est pas mon genre (« Bah ça prouve qu'il a changé de genre »), je me permets de vous conseiller « Annulaire » qui est un titre majeur de ce premier pavé (onirique, feutré, enivrant, toute la panoplie répond à l'appel), mais l'esprit de compétition n'est de toute façon pas à l'ordre du jour, tant l'EP brille par son unité. Le cinq majeur nous laisse une forte impression, en faisant le jeu de « Paume », qui n'a plus qu'à nous achever en, euh, douceur (?), un beau bouquet (final) à la main. Que d'intentions, fallait pas, vraiment ! A l'instar des cinq doigts les plus célèbres du metal, figurant sur la pochette du premier System, ceux composant ce disque rappellent qu'on peut faire de grandes choses avec ses mains, et on imagine que Mornifle a bien l'intention de nous en remettre plein la tête dans un futur proche. Sans prendre de gants.

Syl Alba 

La page de Mornifle, aka la Boîte à Gifles, est ici

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